Crusader Kings II
Ce jeu n'est pas un wargame. Ou du moins, pas qu'un wargame. C'est un simulateur de dynastie, et c'est fantastique.
Prendre le role d'un petit comte, ou de l'empereur du Saint Empire Romain Germanique, libre à vous. On joue sa première partie comme un wargame en agressant ses voisins, et on se prend une taule. Puis on comprend qu'on joue une dynastie, et non un seigneur ou un pays. On voit plus loin. On arrange des marriages, des alliances, des trahisons. On planifie une expension qui passe plus souvent par des tour de passe passe diplomatiques qu'en croisant le fer. On joue les opportunistes. On se surprend à penser sur plusieurs générations.
De plus, le systeme de "génétique" et les évenements pseudo aléatoires qui rythment le jeu font qu'il est impossible de jouer deux fois la même partie. En effet, le jeu génère des centaines de milliers de personnages (je n'exagère pas) : des centaines, voir des milliers de régents pour les villes (barons, maires, évêques), les comtés, duchés, royaumes, empires, ordres de chevalerie et ordres religieux. Et pour chaque régent, sa famille, et sa cour et ses vassaux si son statut lui en autorise. Chaque personnage a ses traits génétiques, ses ambitions, ses racines culturelles, et peut développer des relations avec n'importe quel autre en fonction des situation. Les évènements dynamiques viennent bousculer un peu cette toile sociale en l'agrémentant de changements impomptus (décès, maladies diverses, engueulade, adultère, blessures, complots, passions amoureuses, franche amitié, acte de bravoure) ou de choix arbitraire, favorisant une relation plutôt qu'une autre, ou permetant d'infléchir sur un autre personnage (en l'éduquant dans son jeune âge, par exemple).
Vous l'aurez compris : le déroulé d'une partie est totalement imprédictible.
Côté technique, c'est austère (on est sur un jeu Paradox, faut dire) mais très propre et lisible. La carte est élégante et bien fichue. L'ergo globale, bien que toujours un peu cryptique, a pas mal évolué depuis les débuts du jeu, au fil des DLC : l'organisation est plus logique, et les fonctionnalités se sont multipliées.
Tout n'est toutefois pas tout rose : certaines mécaniques de jeu ne sont pas toujours très claires (notament celles d'attritions qui font crever "par surprise" nos troupes), d'autres sont anecdotiques par rapport à ce qu'on pourrait en attendre (tout le volet contrôle de la religion me parait peu impactant au regard des efforts à déployer), les combats virent souvent à la course poursuite à travers tout un continent... Mais ces petits défauts n'entâchent pas vraiment le plaisir de jouer. En fait, ils contribuent même à faire penser autrement plus rapidement : le but n'est pas de repeindre toutes la carte à ses couleurs (bon courrage pour y arriver de toute façon), mais bien de survivre en tant que dynastie, en traversants des hauts et des bas.
Ainsi, contrôler un gros territoire et le voir s'effondrer en raison d'une loi de succession peu avantageuse et menant au conflit fratricide n'est pas un echec si on parvient à une issue qui permet de continuer d'exister. C'est même assez normal, voir même inévitable. Il faut se retenir de recharger à chaque revers de fortune sous peine de générer plus de frustration qu'autre chose.
A noter un détail assez facheux : le jeu est abordable, mais il est pourvu d'une pléthore de DLC, dont les plus gros amènent de vraies plus de gameplay. Ils sont même indispensables. Avec les DLC, la carte est tout simplement immense (en haut à gauche, l'Islande, en bas à droite, les Indes). Les autres DLC (packs de musiques, de visages, d'emblèmes) sont quant à eux totalement dispensables. Mais voilà, ces DLCs sont quand même très chers par rapport au travail fourni par les développeurs, surtout quand on sait à quel point le moteur est flexible et moddable.
Je trouve sincèrement qu'il est dommage d'entâcher un si bon jeu avec une politique commerciale un peu douteuse... A vous de voir si c'est un problème ou pas.