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Legends of Eisenwald

Legends of Eisenwald
Recommandé
Recommandé
74 heures

Exceptionnellement, je vais recommander un jeu sans l'avoir fini. Je pense en avoir vu assez pour pouvoir le faire, et il semble que celui-ci soit très, très long, d'après la très estimée consoeur qui me l'a fait découvrir (spéciale cassedédi Alice).

Ce Legend of Eisenwald se présente comme un petit jeu, à petit budget, avec des graphismes pas folichons mais efficaces et un gameplay simpliste au premier abord. Et surprise, on est en fait devant une petite perle à la profondeur étonnante.

Il s'agit d'un jeu de combat tactique au tour par tour sur des petits terrains, se déroulant sur une période médiévale que j'évalue au haut moyen-age compte tenue de l'armement représenté, dans un duché se trouvant dans une vieille Allemagne très supersticieuse. Cela ressemble beaucoup à du Heroes of Might and Magic mais sans la dimension fantasy : bien que l'univers soit trop "propret" à mon goût, le monde est brutal et cruel, les trahisons et les injustices sont monnaies courantes. Ca resemblerait donc plus à du Kings Bounty niveau ambiance.

Le joueur y incarne l'héritier d'un seigneur local, probablement un Comte. Sa famille est assassinée, et, dépossédé de ses terres, lâché par ses vassaux, trahi et poursuivi par celui qui était son meilleur ami, notre malheureux nobliau doit fuire vers des contrées moins hostiles pour y sauver ses petites fesses blindées et fomenter sa vengeance, si possible parachevée par une récupération massive de ses biens. Malheureusement, les dites contrées moins hostiles le sont, certes, mais pas beaucoup, et notre héros aura l'art de provoquer le souk sur son passage. En effet, le petit malin va doucement détricotter les mailles du complot qui s'était tissé autour de sa famille, et pour ce faire, il devra approcher beaucoup de gens à la morale douteuse, et oeuvrer pour eux. Il est donc fréquent que l'apprenti seigneur soit poussé à son tour à massacrer, voler, trahir, usurper. C'est une des dimensions ou le jeu se révèle le plus étonnant, car le joueur a régulièrement le choix : faire ce qu'on lui demande bêtement, même des horreurs, pour arriver plus facilement ou rapidement à ses fins, ou essayer de rester fidèle à sa morale et refuser ces actions, quite à se mettre à dos d'importants informateurs, parfois eux même de très puissants seigneurs. Ou tenter le double jeu, pour tenter de trouver une solution qui peut paraitre idéale au premier abord, ou tout le monde est content, mais qui risque de lui péter à la gueule. Et généralement, ça fonctionne très bien. Je me suis surpris à évoluer dans mes reflexions : alors que j'essayais au début de sauver la veuve et l'orphelin, j'ai petit à petit baissé les bras devant les diffcultés rencontrées par le héros, et, petit à petit, à me résigner à commettre des actes de malveillance. Et pas parce que j'y ai été obligé... mais plutôt parce que toutes ces petites ordures le méritaient bien, après tout, et ça rend les choses plus faciles.

Cet aspect donne donc un vernis RPG très efficace, bien plus que ce qu'on a l'habitude de trouver dans les autres jeux du genre. Qui plus est, les quêtes sont assez bien écrites (mais mal traduites), parfois même surprenantes, et au bout d'un moment se payent même le luxe de ne plus être linéaires. Pas mal.

On se balade donc en pseudo temps réel comparable à celui de Mounted Blades (le temps défile lorsqu'on se déplace, mais on peut déclencher un vrai temps réel et accéler le temps) sur une carte "stratégique", au fil des quêtes, de chateaux en marchés, pour recruter des items et de la piétalle histoire d'espérer survivre aux batailles.

Puis on tombe sur un gang de brigand ou une autre ♥♥♥♥♥♥♥♥♥ qui arpentes les terres, et on passe sur une grille d'héxagones à la HoMM tout à fait standard pour le déroulé des batailles. Là, les contraintes sont assez seches. Les unités distantes et les supports ne peuvent pas bouger librement, les corps à corps ne peuvent taper que l'unité ennemi la plus proche. Et c'est à peu près tout. Pourtant ça suffit à bien compliquer les bastons, car gérer les placements et déplacements n'est finalement pas si aisé avec de telles contraintes. On obtient donc des combats très simplistes au début, mais qui deviennent assez technique une fois les rangs plus garnis de part et d'autre.

Les bagarres sont du coup assez rapides et agréables, et ça tombe bien, car elles seront nombreuses. Les cartes fourmillent de vie, d'autres chevaliers errants, des paysans, des marchands, des brigands se baladent un peu partout de façon logique. Tous ne sont pas hostiles, loin de là, mais attention, les actions du joueurs peuvent entrainer de lui faire avoir bien des ennemis trainant sur les routes.

Aussi, il faut préciser que ce jeu est... difficile. On se fait avoir par le démarrage très gentillet. Après, on souffre : l'argent est difficile à gérer. Les troupes normales s'achetent une fois pour toute, mais leur nombre est limité par le nombre de territoire qu'on contrôle. Sans fief, la limite est basse, et le seul moyen de garnir les rangs est de payer du mercenaire, qui taxent tous les jours. Entre ça, le prix des items, des soins (car les blessures au combat persistent et un soldat blessé trop grievement ne peut plus se battre avant d'être soigné), et les quelques crasses qui arrivent dans certaines quêtes, il est compliqué de monter une belle armée. Et faute de quoi, on prend vite des fessées.

C'est très plaisant, il y'a une vraie fierté à terminer une zone une fois passées les 2 premières. Encore une fois, mécaniques simples et efficaces.

Petite mention rapide de la bande son, très agréable, avec des musiques propres et qui collent bien à l'époque, et des sons d'ambiances à chaque lieu qu'on visite très réussis. Par contre, quasi aucune voix. Mais vu la pléthore de textes, ça n'est peut être pas plus mal.

Par contre, il y'a pas mal de petits détails agaçants qui empechent d'en faire un excellent jeu.

Quelques petits bugs déjà : des armées à l'animation bloquée sur la carte stratégique, qui avancent du coup en mode playmobile, des unités qui disparaissent car un personnage a décidé de se joindre à l'escouade, le système de comparaison d'item est un peu foireux, les stats ne sont pas forcément très claire (par exemple j'ai deux archers similaires à des positions similaires, et un équipment pas tout à fait identique, les stats varient un tout petit peu, mais l'un des deux est quasiment 2 fois plus performant que l'autre, aucune idée de pourquoi). La caméra peut être aussi pas mal chiante, n'autorisant pas à prendre un gros recul pour ordonner un gros trajet. Et on ne peut pas non plus l'ordonner sur la carte. Dommage. Rien de rédhibitoire, on s'y fait, ça n'est pas la mort.

Plus ennuyeux, certaines quêtes forcent à passer sur des points très précis sur la carte pour avancer une quête, et il arrive parfois qu'il soit particulièrement peinible de trouver le dit point. Les indications étant hyper vagues et les décors parfois très accidentés (et donc bordéliques), il m'est arrivé de tourner DES HEURES en rond avant de trouver le bon point. Oui, Tour des Hirondelles, c'est de toi que je parle, espèce de ♥♥♥♥♥♥♥♥♥.

Enfin, et c'est le plus grave, les unités sont très inégales. Certaines sont indispensables, d'autres totalements inutiles. Cela pourrait se comprendre si elles étaient bon marché, mais non, même pas. Je n'ai toujours pas compris l'intéret des prêtes avec leur malheureux buff pourri, par exemple. C'est dommage. Heureusement, il y'en a assez peu que ça concerne et on a largement de quoi faire avec le reste.

En conclusion : c'est un très bon jeu que je recommande sans hésiter.