Gabriel Knight: Sins of the Fathers 20th Anniversary Edition
Ah, les années 90... âge d'or des Point&Clicks. Periode bénie où Lucas Art et Sierra se tiraient la bourre à coup de Monkey Island 2, Day of the Tentacle, King's Quest VI, Space Quest V, et autres Fate of Atlantis. Où les outsiders tentaient de s'imposer avec des Kyrandia 2, des Beneath a Steal Sky, des Shadow of the Comet, et j'en passe.
Epoque à laquelle les Point&Click étaient mieux écrit que des bons bouquins, difficiles, voir même punitifs pour certains.
Epoque qui a vu naître la série des Gabriel Knight. A mon goût la meilleure série de Sierra, et donc probablement une des meilleure série tout court. SURTOUT le 1er.
Qu'est ce qu'il a de spécial, ce jeu ? Pas mal de choses en fait. Un scénario qui aurait pu provenir d'un bon roman (en fait c'est l'inverse qui s'est produit :) ). Une ambiance particulière : sombre, adulte, sérieuse, qui vire au fantastique et à l'inquiétant, sans en faire des caisses. Un thème rarement abordé de façon sérieuse : le vaudouisme. Des personnages intriguants et charismatiques. Et surtout : la Nouvelle Orléans, où se passe la majorité de l'intrigue, qui incarne tous les points abordés ci-dessus.
Gabriel Knight, dans sa version original de 1993, est le jeu qui m'a donné envie de visiter cette foutu ville. J'ai réalisé ce rêve en avril dernier seulement. Et je me suis fais un plaisir d'aller retrouver le plus possible de lieu du jeu pour voir comment ils étaient en réalité. Vous vous en foutez probablement, mais je ne raconte pas ça pour rien ! J'ai été très impressionné, plus de 20 ans plus tard, par le travail de recherche effectué par Jane Jensen, tant dans les références historiques que dans la restitution des lieux emblématiques de la ville. C'est rarement très fidèle, mais l'ambiance est toujours suffisament bien restituée pour qu'on reconnaisse.
Encore aujourd'hui, j'aurais recommandé la version de 93 si elle était toujours éditée.
Et voilà que débarque ce remake HD ! Quel bonheur.
Revisiter tous ces lieux avec des graphismes remis au goût du jour a été un vrai régal. Le jeu n'a rien perdu de son intérêt. En fait, il a même été amélioré quelque peu. Certains passages pas très logique ont été légèrement remaniés. Par exemple (attention léger spoil) : un professeur se fait tuer car il a récolté des informations sensibles. Dans la version d'origine, les notes sont éparpillées sur le bureau. C'est contestable, si ces infos avaient conduit à tuer, elles auraient dû disparaitre ! La nouvelle version corrige ce point. Ca n'est qu'un petit exemple. Plusieurs changements de ce genre ont été opérés. Certains lieux ne sont plus accessibles sans qu'on aie une réelle raison d'y aller. Certains objets sont un peu moins faciles à se procurer. Quelques nouvelles énigmes se sont glissées de ci de là. Quelques nouvelles scènes aussi (celle du comissariat jour 7, classe !) Du coup, même en connaissant la version de 93 par coeur, on redécouvre des choses avec plaisir.
Le jeu me semble refait en utilisant le moteur de Gray Matter (le dernier jeu de Jane Jensen). Ses points forts : des jolies scènes de coupe effet 2D façon BD, une animation très correcte, de très, très jolis décors, de chouettes visages animés lors des dialogues (sauf celui de Gabriel, qui est chelou). Ses points faibles : une UI pas super moderne et un léger lag dans les contrôles, pas vraiment génant, mais parfois un peu agaçant.
Petite déception, les musiques sont de qualité inégales. Le thème principale est puissant, et souvent efficacement décliné, fait bien son office... mais parfois, une piste dégueu ou une musique peu appropriée gache un peu l'ambiance. C'est d'autant plus regrettable que la musique fait vraiment partie de la culture de la nouvelle Orléans et qu'il y avait beaucoup à lui emprunter pour ce jeu. Rien de dramatique toutefois. J'aurais juste espéré le même effort sur la musique que sur les graphismes.
Autre amélioration : la traduction française. Elle n'est pas parfaite, il y'a plein de fautes grossières (messieurs les traducteurs, il va falloir arreter de mélanger infinitif et participes passé, c'est niveau CE1). Mais au moins elle est compréhensible, ce qui n'était pas toujours le cas de la version de 93. Ceux qui y ont joué se rappelleront par exemple de l'option "complète la" lors du dialogue avec la Grand Mère de Gabriel (au lieu de "complimente là")...
Bref : il n'est pas parfait, mais c'est un des meilleurs Point&Click qui a jamais été fait, et ce remake est parfait qu'il s'agisse de redécouvrir ce jeu légendaire, ou pour plonger pour la première fois dans l'ambiance mystique de NOLA.
Voilà, maintenant j'ai encore plus envie d'y retourner...