SOMA
ENFIN !
Enfin une vraie expérience vidéoludique marquante. Ca faisait longtemps que j'attendais une oeuvre de ce type. Originale. Immersive. Adulte. Oppréssante. Intellectuellement stimulante. Foutrement intéressante. Et totalement dépaysante. SOMA, c'est tout ça, et c'est une foutue réussite.
Un petit pitch pour commencer, mais tout d'abord, sachez que je n'irais pas au delà de l'intro, or celle ci ne dévoile rien de ce qui vous attend tout du long du jeu. Mais ça serait vraiment criminel de trop en dire.
Vous êtes Simon Jarrett, Canadien, habitant de Toronto, dont la vie vient d'être brisée par un accident de voiture stupide. Une petite vie bien rangée stopée net. Sa femme est décédée, et les dommages dans son cerveau semblent irreversibles. Il va certainement succomber dans quelques semaines, ou tout au mieux devenir un légume. Simon a toutefois été contacté par une équipe de jeunes chercheurs qui cherchent à mettre en place une méthode permettant au cerveau de "se guerrir lui même". Au point où il en est, Simon s'est embarqué dans le projet, au pire, ça fera peut être avancer la science, au mieux, ça marchera. C'est donc avec un certain espoir qu'il se rend à son rendez vous avec l'équipe pour une première expérience. L'équipe semble devoir se débrouiller avec peu de moyens, ils sont jeunes, ça n'est pas trop rassurants, mais bon... Simon est invité à procéder à une "cartographie" de son cerveau, un genre d'IRM en plus perfectionné. Il suffit de s'asseoir sur un fauteil et d'attendre que ça passe. Il s'execute. Une visière se baisse.
Puis plus rien.
Après quelques instants, Simon ouvre à nouveau les yeux. Toujours sur le fauteil. La visère semble différente. Elle se lève, et révèle un décors totalement différent. On dirait une vieille station si on en croit les panneaux d'affichage, qui s'appelle PATHOS-II... des bruits sourds. Où est ce qu'on est ? Sous l'eau ? On dirait bien. Qu'est ce qu'on fout là ? Est ce réel ? Est ce qu'on rêve ? Où est ce qu'on est ? Pourquoi ? Et ... qu'est ce que je dois faire ???
Voilà dans quel état on se trouve quand je jeu démarre réellement. Les réponses tombent petit à petit, tout au long de cette expérience (qui dure une bonne dixaine d'heure), et tout ce que j'en dirais, c'est qu'on est très régulièrement surpris. Le développement du scénario est vraiment très intelligent, tant dans sur la forme que sur le fond. C'est du grand art. J'ai rarement vu les sujets abordés par ce jeu être aussi habillement traités, et susciter autant la reflexion. Jusqu'à la condition humaine elle même. Un peu comme si on prenait la trame philosophique derrière "Deus Ex Human Revolution" (pour rappel quid de l'humanité d'un être artificiellement augmenté, quels seraient les impacts sur la société, surtout si cette technologie n'est accessible qu'aux nantis, créant une nouvelle forme d'élite ?) et qu'on la raffinait et densifiait 100 fois.
Je meurs d'envie d'en dire plus, mais je vais me faire violence, fermer ma gueule et passer à la technique.
C'est splendide. On est pas dans le jeu le plus beau du monde, ça n'est pas une débauche technique. Mais les choix de designs, de mise en scène, et plus généralement le simple choix du lieu de l'action suffisent à dégager une ambiance très particulière et totalement crédible. En plus, pas la peine d'affichée des horizons loingtains, ni des décors complexe, pas besoin de textures détaillées. On est soit dans des couloirs sombres, soit dans la flotte trouble. Pratique, non ? Du coup, ça tourne très bien, tout en étant très efficace visuellement. Attention, je n'ai pas dit que le graphisme était simpliste : il y'a pas mal d'effets visuels, notament au niveau des lumières, qui viennent renforcer l'ambiance tout en contribuer passivement au gameplay. En effet, les sorties en "exterieur" sont nombreuses, et on se retrouve souvent à tenter de suivre des sentiers balisés par des petites loupiottes. Les perdre de vue suscite une certaines paniques, et on se met à les chercher frénétiquement. Simple et efficace. L'ambiance sonore est par ailleurs particulièrement réussie. Musiques stressantes, parasites dans le système audio quand une "créature dangereuse" rôde un peu trop près, bruits sourd témoignant de la pression de l'eau, metal qui craque, et autres bruits glauquent renforcent puissament le sentiment de danger permanent. Si on fait l'effort de jouer dans de bonnes conditions (seul et dans le noir), et de se plonger dedans (sans jeu de mot), on ressent vraiment le stress. En fait, il faut voir ça comme un mélange d'Amnesiak (mais en moins glauque) et de Bioshock (mais en plus glauque... et surtout en moins bourrin, comme on va le voir ensuite). Mais avec une touche totalement originale.
Côté gameplay, c'est du même tonneau. Simple et efficace. Pas d'armes, jamais (à un seul moment on dispose d'un petit truc qui ne sert qu'une fois à désactiver un pauvre robot innocent, et Simon le fait à contre coeur). On ne joue pas un gros bras, et encore moins un violent. La station et les fonds marins sont loin d'être sans danger, mais le joueur devra trouver le moyen de s'en préserver, parfois en se cachant, parfois en déguerpissant. Rassurez vous, le contact est rarement fatal, le jeu n'est pas trop punitif... sans être trop facile pour autant. En effet, lors de certains passages, la progression est considérablement ralentie par les "habitants" de la station : les esquiver demande une certaine patience, et des nerfs solides. D'ailleurs, ces séquences sont ma seule source de reproche : elles sont un brin trop fréquente et parfois un peu trop longues, et comme on a vraiment envie d'en savoir plus, à certain moment, ça frustre un petit peu. Mais je pinaille, il n'y a rien de réellement rébarbatif.
En dehors de ce petit point, tout est parfait. Et j'attends leur prochain jeu avec impatience. Ou de refaire celui-ci avec des lunettes VR, ça pourrait être top...
Quoiqu'il en soit, à moins que vous ne juriez que par les jeux d'action frénétique dans où on incarne un Rambo en puissance, ou a moins que vous ne soyez un peu trop jeune pour soutenir une pression émotionnelle comparable à un film à fort suspens, vous devez vous offrir ce jeu... car c'est typiquement le genre d'oeuvre qui peut démontrer à n'importe qui que ce média dépasse de loin tous les autres.