Assassin's Creed® Unity
Quel dommage. Le thème tant attendu n'est pas mis à l'honneur tant qu'il aurait dû par cet épisode.
D'abord, le héros : en plus d'avoir une tête d'imbécile heureux, il n'a aucun cachet. Surtout comparé à Ezio Auditore da Firenze, ou à Edward Kenway. Même le vieux Altaïr et ce sociopathe de Connor lui sont nettement supérieurs. Mieux construits, on comprend leur psychologie, ils ont un caractère qui leur est propre. Arno, lui, est d'une consternante platitude. Les personnages "Templiers" (alliés ou ennemis) lui font clairement de l'ombre. Heureusement qu'ils sont là, d'ailleurs.
Ensuite, le scénario. Correct dans sa globalité, il est comme d'habitude servi de manière assez décousue, avec des missions secondaires "déconnectées" de la trame principale, au point qu'on enchaine souvent les défauts de narration. L'intrigue est encore plus "hachée" que d'habitude.
Enfin, la technique... laisse pantoix. Le jeu est relativement beau, mais quand même, qu'est ce que c'est que ce framerate pourri ? Je n'avais pas vu un tel massacre depuis la sortie de GTA IV sur PC... C'est vraiment, vraiment dommage. On peut excuser ces problèmes de performances lorsque l'action se déroule dans des lieux où la foule s'amasse, ce qui est courant, et vraiment impressionant (foule est le juste terme). Mais parfois, le jeu se met à ramer dans des ruelles quasi déserte, et là, c'est moins compréhensible. Le jeu ne permet d'ailleurs pas de régler grand chose (ça aurait pu être interessant de permettre de réduire le nombre de personnage constituant les foules, quite à perdre en réalisme, mais non...) et les seuls recours pour regagner un framerate décent, à moins d'avoir une bête de course dernier cri, est de castrer les textures. Et les textures low-res sont hideuses.
Je passe sur les bugs et défauts de maniabilités qui sont plus ou moins toujours les mêmes depuis le début de la série : modèles sans textures, modeles invisibles, défauts de clipping, chutes infinies, coinçage dans le décors, etc..
Et pourtant je vais me risquer à recommander ce jeu.
Avec de grosses pincettes, notez bien... j'ai plusieurs fois faillit baisser les bras et le laisser tomber, tant il est à la limite du jouable. Mais il y'a suffisament de qualités pour contrebalancer et insister. Heureusement.
Niveau gameplay, déjà.. Le parkour est bien plus sympa qu'avant, avec les controles permettant, en mode course, d'inflechir la course vers le haut, vers le bas, ou de rester plus ou moins sur le même plan. Fini les grimpages aux murs improptus lors d'une course poursuite au sol, on peut enfin se coller les pompes à terre. Fini les chutes impromptues alors qu'on voulait escalader. J'exagère un peu, ces incidents se produisent encore parfois, mais souvent parcequ'on manque un peu de rigueur avec ces novueaux controles. La plupart du temps, ça se passe bien, et ça, c'est un notable progrès. On appreciera aussi le système d'infiltration. Classique, il permet de se mettre à couvert pour surprendre l'ennemi, mais aussi de progressier discrement, allant même, en choisissant une tenue adequat, jusqu'à permettre des attaques silencieuses frontales si on est assez rapide et opportuniste. D'ailleurs, ce système d'infiltration permet aussi d'amener une certaine variété dans les équipements : il ne s'agit plus d'améliorer uniquement des points de vie en achetant des meilleurs armures. La vitesse de détection, le bruit généré, les dégats de chutes, les dégâts infligés sont autant d'attributs qui peuvent être modifiés par l'équipement porté. Sans parler des poches additionnelles pour les consommables. Pour la première fois dans Assassin's Creed, l'équipement embarqué a une nette influence sur le gameplay.
Fini aussi les missions casses boules sans aucun intérets comme les courses et autre missions theme park. A la place, on a des enquêtes policières (qu'on peut foirer) et des résolutions d'énigmes au travers de la ville (nécéssitants de bien connaitre les monuments parisiens ou d'être très observateur). C'est infiniement meilleur. Il y'a toujours des satanés objets collectables pour nuire à la crédibilité de l'ensemble, mais bon... Rome ne s'est pas faite en un jour. Et on est loin des maudites plumes d'AC2. Et fini aussi ces légions de gardes sur les toits. Il y'en a toujours, mais uniquement lorsque ça fait sens.
Quant au mode multijoueur coopératif, il est vraiment bien fichu. En fait, les missions coop sont souvent plus intéressantes que les missions solo, équivalent en qualité la trame principale. Bon nombre d'entre elles incitent clairement à la coopération ou aux actions synchronisées. On se surprend presque à espérer un épisode qui serait intégralement jouable à plusieurs, en mode bac à sable, plutôt qu'avec le sidekick féminin de cet épisode, presque aussi idiot que le héros.
Enfin, je garde le plus important pour la fin. La vraie raison pour laquelle il faut absolument essayer ce jeu... au moins pour la balade : la ville de Paris. Le travail de level design est absolument incroyable, et très peu d'erreur sont comises? Il y'a bien quelques problèmes de distances entre certains monuments, par exemple, mais un tel niveau de détail est déjà tout simplement bluffant. C'est assez merveilleux de se promener sur les toits d'une ville qu'on connait bien et de repérer les différences qui sont subvenus durant les quelques 215-220 ans qui séparent la période du jeu d'aujourd'hui. De visualiser le parvis de Notre Dame tel qu'il l'était peut être avant les remaniements d'Haussmann. De s'appercevoir qu'on travaillait plus ou moins où se trouvait la Cour des Miracles. D'escalader Saint Eustache et d'observer une rue dans laquelle on est allé manger pas plus tard que la semaine dernière (en se disant que le restau en quesion aurait pu figurer dans le jeu à 50 ans près ;) ).
Ceci n'est possible que dans cet épisode : Rome, Florence et Constantinoples ont bien trop changé, Boston et New York manquaient à l'époque de points de repères, je passe sur les autres épisodes dépourvus de villes digne de ce nom. Seule la Venise d'AC2 procure un sentiment approchant, mais on est très loin du même soucis de crédibilité (notez que je ne parle pas d'exactitude, hein).
Et outre l'aspect "crédibilité historique", c'est aussi niveau ambiance qu'on peut vraiment saluer le travail effectué. On peut sentir la tension dans la rue. La révolution est en cours, la bastille est déjà tombée au moment où on enfile la lame fantôme d'un assassin confirmée, les rues sont envahies de badaux en colère, affamés, des rixes éclatent entre royalistes, révolutionnaires et modérés. Certaines peuvent d'ailleurs être déclenchées par les actions duj oueurs, car des PNJ prennent parfois votre parti dans les bagarres. Des clameurs s'élèvent dans tous les quartiers : foule en colère dans le sud, chants révolutionnaires dans les cafés... l'ambiance est top.
Vraiment, quel dommage que la technique soit si baclée (ça sent le portage console hâtif, comme d'habitude) et que le scénario n'ait pas été plus travaillé. Ou quel dommage que cet épisode n'ait pas été choisi pour devenir le premier AC "bac à sable multi-joueur". Je pense qu'il aurait vraiment pu être fabuleux.
Voilà, vous êtes prévenu. Ce jeu mérite d'être joué, il y'a plein de raison de l'apprecier. Mais il y'a aussi quelques raisons de ne pas le supporter et cela lui fait friser la médiocrité, alors qu'il aurait dû être fameux.