Danganronpa: Trigger Happy Havoc
Je ne suis pas fan de ces jeux japonais, venant des consoles, faisant l'objet de piètres portages juste bon à créer une longue traine de vente. C'est exactement ce qu'est ce jeu : un portage médiocre. Graphismes passés, usage occasionnel d'un moteur 3D tout bizarre mélangeant faux sprites à plat, vrais objets 3D mal dégrossis, et mapping criard, musique popjap parfois bien lourdingue, interfaces moches et consolesques à morts (jusqu'aux boutons qui parfois s'adaptent bien au pad XBox, parfois continuent de parler de triangles ou carrés, vu que c'était à la base un jeu PSP). Bref, techniquement, au premier abord, on s'est pas foulé. Au deuxième abord, on voit que le gameplay est simpliste, farcis de minijeux pas intéressants pour un sou. Dans la conception, ça ressemble vaguement à Dune ou KGB (1992), mais en bien plus simple à jouer, et avec des dialogues qui durent des plombes, affichés sur 2 lignes maximum, et surtout plein de monologues intérieurs improbables.
Pourtant... ce jeu a vraiment quelque chose qui fait que quand on brave les 15 premières minutes (avec le son le plus bas possible, la musique du début est vraiment ignoble)... on a bien du mal à lacher.
Il s'agit donc d'une "Visual Novel" (merci Gressmon pour le terme), c'est à dire un genre d'histoire vaguement interactive avec des pseudos interactions sociales (genre dating sim' ou je sais pas quoi).
On y joue un ado (comme d'hab, on est dans un jeu ♥♥♥) qui s'apprête à rentrer dans une faculté d'élite, dont les élèves sont spécialements chassés pour leurs talents hors normes. Le joueur de baseball ultime, le programmeur ultime, la nageuse ultime, etc.. Seulment, notre Makoto Naega (c'est son nom), lui, il n'a rien de spécial. Rien de rien. Il a juste été tiré au sort. Ce qui est censé faire de lui l'ultime chanceux.
Ou pas.
A peine met-il un pied dans l'université que notre gars tombe dans les vappes. Il se reveillera un moment plus tard, dans une salle de classe aux fenêtres recouvertes de plaques d'acier inviolables. Après avoir rapidement visité l'étage, Naegi rejoint la "porte" (qui n'a rien à envier aux vaults de Fallout) devant laquelle sont plantés 14 autres jeunes, qu'il identifiera facilement (pour la plupart) comme étant des "ultimes" quelque chose. D'autres nouveaux élèves de l'université ? Peut être bien. A priori, tout le monde s'accorde à dire qu'il semble impossible de sortir de cette endroit, et personne ne comprend ce qu'il fout là.
Et c'est là qu'il s'est pointé. Un ours en peluche. Moitié mignon, moitié atroce. Vivant. Parlant. Et à la langue bien pendue. Son nom : Monokuma. Son rôle : directeur de l'université ???! Les élèves apprennent donc que le seul moyen de sortir de l'université est de devenir diplomé, sans quoi, ils seront condamnés à vivre en "communauté" pour ... toujours. Or, pour devenir diplomé, un élève devra tuer l'un de ses homologues sans se faire démasquer.
Cette courte explication de la peluche débile marque donc le début d'un killing game, durant lequel le joueur devra, par phase, copiner comme il le peut avec les autres élèves tous plus bizarres les uns que les autres, enquêter sur les meurtres qui ne tarderont pas à subvenir, puis tenter de démasquer le coupable lors d'un genre de "procès de classe", à l'issue duquel les élèves devront voter. Si le coupable est effectivement désigné, il est "puni", et les autres reprennent leur vie en captivité. Si la mauvaise personne est désignée, le coupable est diplomé (et donc sauvé) et c'est tous les autres qui sont punis. Je vous laisse imaginer quelle peut être la punition...
Le pitch, en soit, est suffisament intriguant pour s'interesser au jeu. Mais ce qui fait sa réelle qualité, c'est les meurtres. Ils sont vraiment très bien conçus, souvent en plusieurs "couches". On a souvent l'impression de comprendre immédiatement ce qui s'est passé, puis on constate vite que les choses ne sont pas si simple. Après quoi, on devine quelque chose de plus tordu, plus subtile, on se surprend à être très fier de l'interprétation qu'on vient de faire (genre : "ahah, j'ai tout grillé, je suis trop malin"). Et bien souvent, on rate la dernière couche du mille feuille. Et plus on évolue, pire c'est. On est donc souvent surpris de la conclusion des affaires, et ça donne chaque fois envie de voir la suivante. Qu'on soit clair, le jeu n'a rien de difficile : les phases d'enquêtes sont très linéaires, les phases de procès sont farcis d'indices (quoique parfois c'est un peu tordu), et on peut réessayer indéfiniement (ça baisse juste la note finale du chapitre mais ça n'empêche pas d'avancer). Puis, on comprend que le scénario, qui semble au début osciller entre le simple et le taré, est en fait très subtil, et très cohérent. Et là, on plonge.
Ajouter à ça le développement des personnages, pas toujours très égal mais en moyenne très bien fichu... on se prend même d'affection pour certains. Je ne peux pas en dire plus sans risquer de spoil, désolé. Toutefois, la palme revenant à Monokuma, cet enfoiré d'ours débile, qui est le réel moteur de l'histoire. Chacune de ses interventions innopinées est un régal. Drôle, décalé, imprévisible, sévèrement psychopathe, c'est vraiment un personnage épique.
En conclusion, si vous cherchez un jeu d'énigmes compliquées, passez votre chemin. Si êtes plutôt du genre "fan de série policière qui essaye de déviner qui est le meurtier avant la fin", là, vous allez être servis. Et frustré, car vous allez vous planter souvent :) En tout cas, à peine fini ce jeu, j'ai acheté le 2 (et je vais rédiger l'éval de ce pas car j'ai dû le finir avant de rédiger celle ci ;) ).